Eymoutiers

Historique

Eymoutiers s’écrivait « Aymoutiers ». « Ay » est la racine du mot gaulois « ayen » qui veut dire colline. « Moutiers » signifie monastère. En effet à la fin du VIème siècle un saint homme, Psalmet, ermite irlandais se réfugie dans la région. A sa mort, vers 630, il fut inhumé sur les bords de la vienne et sur son tombeau fut construit une petite église, desservi par un monastère de chanoine.

« Ce monastère était au pied de la colline » c’est à dire « Ayen-moutiers » ou « Aymoutiers » qui a donné Eymoutiers. Ou s’élève aujourd’hui La collégiale Saint Etienne.

Autour du monastère se développe un noyau urbain : la cité d’Eymoutiers. Celle-ci devient vite le fief de l’Evêque de Limoges, qui y fait construire un château (aujourd’hui disparu).

A partir du XIème siècle, se développe à Eymoutiers la corporation des tanneurs; fabricants de cuir fait à partir de peaux et de tan, écorce de chêne et de châtaigner broyée. C’est de là d’ailleurs que les habitants d’Eymoutiers tiennent leur nom : les Pelauds (ceux qui pèlent la peau).

En 1428, Eymoutiers reçoit de l’Evêque, leur souverain, sa charte d’affranchissement. Ainsi libre et indépendant, une muraille est construite entourant la ville. Cette dernière sera entièrement détruite, du en partie aux guerres de Religions. En effet Eymoutiers était une des principales places calvinistes du Limousin.

En 1629, le couvent des Ursulines s’installe à Eymoutiers sur l’ordre de l’Evêque François de la Fayette. On s’y consacre à l’éducation des jeunes filles. Et les garçons ? Il fallut attendre 1778 et la construction du collège de garçons par l’Evêque Louis de Plessis d’Argentré. Le principal en fut l’Abbé François Richard.

Vers 1850, suite à la révolution industrielle, et donc à la fabrication de cuirs bons marchés, les tanneurs de luxe d’Eymoutiers s’éteignent peu à peu jusqu’au dernier en 1926. Heureusement l’arrivée du train à Eymoutiers en 1881 va permettre de développer l’activité des marchés aux bestiaux.

Enfin, suite au déménagement des Ursulines à Limoges, le collège de garçons fut transféré au couvent où l’on y enseigna jusqu’en 1959. Et c’est en 1997 que la mairie s’y installa après avoir restauré les lieux.

 

Capitale de la tannerie limousine  

À partir du XIème siècle, se développe à Eymoutiers la corporation des tanneurs ; fabricants de cuir fait à partir de peaux et de tan, écorce de chêne et de châtaignier broyée.

Cet artisanat a connu son apogée au XVII siècle (on comptait vingt tanneries à Eymoutiers en 1628). Elles étaient toutes installées en bordure de Vienne. Les « tanneurs » ont profité d’une grosse production locale de bovins fournissant une matière première de bonne qualité et d’une eau pure, non calcaire pour faire reverdir les peaux après le séchage. Les peaux étaient utilisées sur place dans la bourrellerie et la chaussure, le reste de la production était vendu dans tout le Limousin. On expédiait dans la région de Lyon et de Grenoble des peaux brutes de chèvres et de chevreaux. Les maisons des tanneurs possédaient des greniers à claires-voies utilisés pour le séchage des peaux. Mais comme ces surfaces se sont vite avérées insuffisantes, il a fallu équiper du même système de nombreuses maisons du bourg. Quelques-uns de ces greniers subsistent encore, donnant un cachet particulier à nos vieilles maisons.

Une partie des tanneries était implantée rue Forges, en bordure de Vienne. Au XVIIè, cette industrie très prospère occupait un nombre considérable d’ouvriers. Les “tanadours et coureadours ” d’Eymoutiers étaient regroupés en confrérie. Chaque nouveau disciple de saint Crépin qui voulait tenir boutique devait adhérer à la confrérie et payer sa cotisation annuelle. Il devenait ainsi maître tanneur. Les dignitaires étaient élus pour un an et les bayles pour trois. Si la confrérie était d’abord à vocation corporative et religieuse, les tanneurs d ‘Eymoutiers n ‘oubliaient pas le temporel et les statuts prévoyaient jusqu ‘à cinq banquets annuels !

Vers 1850, suite à la revolution industrielle, et donc à la fabrication de cuirs bons marchés, les tanneurs de luxe d’Eymoutiers s’éteignent peu à peu jusqu’au demier en 1926. Heureusement l`arrivée du train à Eymoutiers en 1881 va permettre de développer l`activité des marchés aux bestiaux.

Au bord de la Vienne, près du pont de Peyrat fut érigée au XVIIe siecle une chapelle pour la confrérie de Notre-Dame de Septembre ou du Pont . Les confréries dc dévotion, à cette epoque, étaient nombreuses a Eymoutiers et parmi elles il y avait celle de Saint-Joseph, du Saint Rosaire, de Saint-Etienne ou du Saint Sacrement. La plus importante fut celle des Maîtres Tanneurs et Corroyeurs placée sous le vocable de Saint-Trinité.

Existaient, aussi depuis 1614 les Pénitents Bleus qui eurent leur chapelle à Saint-Gilles puis rue des Ursulines et qui étaient chargés de donner la sépulture aux corps des suppliciés

Enfin les Pénitents Blancs avaient leur chapelle à l’actuel hospice

 

 

Confréries de Pénitents

Rappel historique
Le mot pénitent vient du latin paenitens qui est le participe présent du verbe paenitere: se repentir. C’est l’état d’une personne qui se présente au prêtre pour confesser ses péchés et recevoir le sacrement de la pénitence.

Au IV° siècle, il y avait quatre catégories de pénitents :

– les pleurants : restaient à la porte des églises

– les écoutants : restaient dans le vestibule,

– les prosternés : avec les catéchumènes, n’assistaient qu’à la première partie de la messe

– les consistants : se mêlaient aux fidèles mais ne pouvaient participer à l’Eucharistie.

La pénitence publique fut remplacée ensuite par des aumônes ou des fondations pieuses.

Au V° siècle, voire même plus tôt, des hommes et des femmes, célibataires ou mariés, se regroupent et adoptent les conditions de vie imposées par la discipline canonique aux pêcheurs publics officiellement réconciliés:

– port d’un habit spécial,

– pratique régulière de la prière,

– plus stricte observance de l’abstinence et du jeûne,

– renoncement aux fêtes mondaines.

Aux XII°, XIII° et XIV° Siècles. l’autorité de l`Eglise fut fortement discutée. Au nord de l’Italie, une association pieuse d’artisans de la laine naquit à Milan en 1178. Appelés les « humiliés », les membres de cette association étaient des travailleurs laïcs mariés qui avaient choisi de pratiquer la pauvreté volontaire et de prêcher la pénitence. Ils portaient, par pénitence, des vêtements de gros drap gris et prétendaient amorcer un retour à l’église primitive. La plupart des humiliés se réconcilièrent avec l’église et furent reconnus en 1201 par le pape Innocent lll.

Symbolisme de l’habit, de sa couleur dans les différentes confréries

Cet « habit », dont la couleur varie suivant les confréries ne porte aucun signe permettant d’identifier un dignitaire ou une fonction exercée par un frère. L’habit des pénitents est l’une des spécificités des confréries qui surprend bien des gens. Pourquoi les pénitents portent-ils un sac, une cagoule et un cordon. C’est l’un des signes extérieurs de l’égalité entre les pénitents d’une même confrérie et de l’anonymat de leurs actions, les pénitents intervenant toujours au nom de leur confrérie.

Le sac. Le mot sac est d’origine sémitique. C’est le vêtement de toile que l’on portait autrefois en signe de deuil et de pénitence. Le sac désigne , avec une connotation évidente de salut, le lieu où le principe de vie est conservé. Pour le pénitent, le sac est à la fois sa « livrée » de pénitence, mot qui symbolise le fait que le pénitent s’offre à tous et son « bouclier », c’est à dire le vêtement qui le protège. Lors des cérémonies, et pour défiler dans la rue, le sac d’ample dimension permet de dissimuler les vêtements civils et, par là même, les éventuelles marques de classe sociale qui s’y rattachent. A sa mort, le pénitent sera enseveli dans son sac qui lui servira de linceul.

La cagoule. C’est une sorte de capuchon pointu percé de trous au niveau des yeux. La cagoule, dont le pénitent se couvre le visage en signe d’humilité, symbolise également l’égalité de tous devant la mort et contribue à l’anonymat du pénitent en masquant les traits de son visage.

La corde « d’argent » désigne la voie sacrée immanente en la conscience de l’homme qui relie son esprit à l’essence universelle. Le sac muni de la cagoule, ceint par la corde attachée par le triple noeud fransiscain, est devenu l’insigne de chaque confrérie.

La couleur des sacs définit les différentes confréries:

– gris pour la Dévote et Royale Compagnie des pénitents d’Avignon

– blanc pour l’Archiconfrérie de Gonfalon de Rome

– bleus pour les pénitents de Montpellier,

– rouge pour ceux de Nice,

– noirs pour ceux de Vairéas,

– feuilles mortes pour ceux de Limoges….

 

Saint Crépin et Saint Crépinien,

Saint Crépin et Saint Crépinien, venus de Rome, étaient chrétiens et cordonniers à Soissons. Ils fabriquaient des chaussures pour les pauvres, qu'ils ne faisaient pas payer, et pour les riches qui appréciaient leur production. Un jour, en 285 ou 286, ils furent dénoncés et conduits devant l`empereur Maximien de passage dans le nord de la Gaule.
L'empereur leur ordonna d'abjurer leur foi, ce qu'ils refusèrent vivement. Maximien les fit torturer par Rictiovarus, un de ses plus cruels exécuteurs. Celui-ci leur fit enfoncer des roseaux pointus sous les ongles, mais les roseaux jaillirent des mains des saints et vinrent blesser les bourreaux. Puis il les fit jeter dans une citerne remplie de plomb fondu, mais une goutte de plomb rejaillit dans l'œil de l'exécuteur qui fut éborgné, tandis que Saint Crépin et Saint Crépinien en sortaient indemnes. Finalement, après qu'ils eurent résistés à plusieurs autres supplices, Rictiovarus les fit jeter dans de l'huile bouillante d`où deux anges vinrent les sortir, tandis que lui-même s'y jetait de rage. Saint Crépin et Saint Crépinien furent finalement décapités le lendemain.
Ils sont de par leur métier, patrons des cordonniers, mais aussi des gantiers, des bourreliers et des tanneurs.

 

La légende de Sainte Ursule et des Onze Mille Vierges

L'histoire relative à sainte Ursule est difficile à vérifier en absence de témoignages écrits fiables. On sait qu'une jeune fille nommée Ursule, fille d'un roi chrétien breton, vécut à la toute fin du IIIe et au début du IVe siècle. On sait également que cette jeune fille, ainsi que plusieurs autres, aurait été demandée en mariage par un prince païen d'origine germanique. Mais comme Ursule voulait demeurer vierge et chrétienne, son refus pouvait attirer des représailles graves pour son père. Ursule et ses amis onze vierges décidèrent donc de s'enfuir et de partir à l'aventure. Les jeunes filles se seraient rendues en pèlerinage à Rome, puis se seraient embarquées sur le Rhin à destination de Cologne (Allemagne). Une tempête les aurait jetées sur les rives du Rhin où elle auraient été capturées à Cologne par les Huns, puis martyrisées et mises à mort parce qu'elles ne voulaient pas trahir leur foi. Les jeunes filles furent enterrées dans une église.

 La légende des 11 000 vierges

C'est au XIe siècle que le nombre des compagnes d'Ursule, les vierges martyres, fut fixé à 11 000. Il n'existe aucun fait vérifiable démontrant que les compagnes d'Ursule était dix ou 110. Cependant, on croit que les gens de l'époque auraient probablement mal interprété la numération romaine trouvée près des ossements attribués aux saintes vierges martyres. En effet, on pouvait lire XIMV, ce qui signifie plutôt XI pour "onze", M pour "martyres" et V pour "vierges". Autrement dit, l'inscription "XI Martyres et Vierges" aurait été interprétée comme étant "XI Mille Vierges.

Le culte d'Ursule et des Onze Mille Vierges a connu un immense succès au Moyen Âge, surtout en Allemagne, aux Pays-Bas, dans le nord de la France et en Italie. Ursule et ses compagnes furent canonisées, une "confrérie de pieuses gens" nommée La nacelle de Sainte-Ursule fut fondée, des artistes et des églises célébrèrent l'épopée de sainte Ursule et ses compagnes. Sainte Ursule fut reconnue comme la patronne des jeunes filles et des drapiers

Les Cènes

En souvenir de la Cène du Jeudi Saint, deux gâteaux portent encore ce nom en Limousin. L’un d’eux est une fine pâtisserie sèche en forme de grande hostie, décorée de rosaces, parfumée à diverses essences et cuite au fer ; C’était une spécialité de la petite ville d’EYMOUTIERS, à une quarantaine de kilomètres à l’est de LIMOGES ; L’autre a la forme d’une petite tourte ronde incisée d’une croix sur le dessus, en vente chez les pâtissiers le jour du Jeudi Saint. Ceux-ci prennent en général la précaution d’envoyer un apprenti en faire bénir une corbeille à la première messe paroissiale afin de pouvoir offrir des cènes bénites à leurs clients les plus attachés aux traditions religieuses. Par testament , le Chanoine PICHON léguait en 1773 à l’hôpital civil et militaire de LIMOGES une somme de 10 000 livres, à la charge pour cet établissement de remettre chaque année, le jour du Jeudi Saint, après bénédiction, une cène de froment à chaque pauvre de l’hôpital. En outre , la sœur chargée de la boulangerie devait faire porter une cène d’une livre et demie aux fonctionnaires de l’époque. Depuis bientôt deux siècles, malgré les révolutions, guerres, changements de régime, le vœu du pieu Prévôt de Saint Martial est scrupuleusement observé. A la campagne, on ne mangeait sa part de cène qu’après s’être signé, et, dans bien des familles, on en réservait un morceau qui, traversé d’une branche de buis bénit, était fixé dans la fente d’une poutre où on le laissait jusqu’au Jeudi Saint de l’année suivante.