Homélie du Père Gilles « Toussaint »

Homélie du Père Gilles « Fête de la Toussaint »

Collégiale d’Eymoutiers – 01 novembre 2015

Fête des Saints.. Fête de l’ouverture de cette année ostensionnaire où les saints sont vénérés au sein de l’Eglise mais aussi sur la place publique.

En effet les saints s’ils ont été reconnus par l’Eglise pour avoir, au milieu de leurs péchés et faiblesses, laissé la grâce prendre le dessus, les saints ont apporté aux hommes un surplus d’humanité ; en effet l’amour et le don de soi – souvent vécus de manière très belle sans la foi – sont ouverts sur un futur, au-delà de la mort; et ce futur engendre l’Espérance ; c’est un élan qui fait marcher vers un Rendez-vous de plénitude. La vie humaine est alors dilatée par ce rendez-vous d’accomplissement en Dieu.

C’est pourquoi, lors des ostensions, des visages de sainteté vont parcourir un bout de rue comme pour dire ceci : la sainteté se vit dans les rues, sur les chemins, les villages, les places publiques ; elle se vit dans l’histoire humaine. C’est là que Chrétien est attendu pour montrer un chemin d’humanisation – non pas la religion comme un système moral et moralisant – mais pour montrer ce que produit la foi libre au Christ accueilli comme un amour. C’est le ressuscité ! Il vient demeurer dans le cœur humain, dans des mains humaines, des yeux et des paroles humaines. Notre Dieu est venu habiter chez nous ! Et toute l’œuvre de l’Esprit Saint c’est de faire naître et demeurer le Christ en nous pour être son cœur, ses mains, ses yeux sa bouche. Pour agir et parler dans le respect et l’amour.

Les reliques des saints n’évoquent-elles pas cela ? Elles nous font comprendre que la foi n’est pas une affaire vaporeuse ! Jean-François Penhouet, aumônier National des prisons viendra en Avril nous dire : « la sainteté elle est là où on l’attend pas » quand des hommes et des femmes se laissent arracher à leur misère par l’Amour. Quel combat ! Vous viendrez l’écouter avec plaisir !

Quelle merveilleuse nouveauté que la foi ! Elle ne change pas les tracas et turbulences de la vie. Mais elle est un compagnonnage, une présence, et plus encore une Espérance qui à certaines heures donne sens à la souffrance qui, en elle-même, est obscure. L’horizon ? C’est d’avoir rendez-vous avec Dieu ! Rendez-vous d’accomplissement des amours plus ou moins maladroites. N’oubliez pas cela !

Pour ne pas l’oublier…il y a le soutien de l’Eglise des baptisés.. ceux qui sont en route, ceux qui sont parvenus à bon port.. et l’Eglise, c’est nous tous les baptisés qui formons une communauté fraternelle, bien loin d’être un corps finissant chargé de soins palliatifs spirituels. En effet, notre communauté est formée d’hommes et de femmes dont le cœur est chaque jour ensoleillé de l’amour du Christ qui veut faire du neuf, chaque jour, dans des yeux, des mains, des visages. Chaque jour le Christ ressuscité frappe aux volets de notre cœur pour nous inviter à croire en la Vie Je pense à une maman catéchiste atteinte d’un cancer et dont le mari allait à sa journée, eh bien chaque jour les mamans catéchistes se sont relayées pour faire à manger aux enfants et au papa. Œuvre gracieuse, gratuite de Dieu dans des mains humaines ; elle vient contester l’esprit de rentabilité et productivité qui gangrène l’intérieur de bien des vies ; elle impulse, inexorablement et mystérieusement, un esprit de fraternité et d’hospitalité.

Oui nous croyons à cette « communion des saints », c’est-à-dire de ceux qui font confiance au Christ ! En Avril encore un ami jésuite de renommée internationale, Christoph Théobald, viendra nous entretenir de la solidarité entre les baptisés, de cette « communion des saints » proclamée dans le Crédo. Vous viendrez l’écouter avec plaisir

Combien nous devons nous sentir solidaires les uns des autres. Ne sommes-nous pas les membres du Christ ? Avec lui nous sommes fils du Père, avec lui nous sommes frères. Nous formons son corps dans une fraternité qui, en assumant celle de la république, prend sa source en amont, dans une fraternité en Christ. A cause de cela ne devons-nous pas tout faire pour rendre nos familles, nos villages plus fraternels. « C’est à l’amour que vous aurez entre vous, qu’on vous reconnaîtra pour mes disciples », dit Jésus.

Une clef nous est donnée pour prendre la route de la sainteté à laquelle nous sommes tous appelés :

« heureux les pauvres de cœurs, le royaume des cieux est à eux » Tout est là !! Tristesse qu’un cœur replié, encombré, riche de ses avantages ! Au bout du chemin c’est l’impasse assurée. Mais quel bonheur qu’un cœur de pauvre ouvert, disponible. Dieu peut y faire sa demeure. Alors le cœur peut se faire hospitalier aux petits et aux humbles et aux passages de l’Esprit Saint

Je vous laisse avec cette clef. Qu’elle vous serve en toute circonstance ! Ne vous souciez pas de votre nombre et encore moins de quelque prosélytisme. Goûtez la joie de croire ! L’Esprit fera le reste par votre rayonnement. Quant à vous, en cette année ostensionnaire allez, humbles et libres, aux coudes à coudes avec ceux et celles qui vivent, en quête spirituelle ou sans altérité à la condition humaine, mais qui vivent par le cœur et le don de soi pour une terre plus humaine.

Ostensions sans ostentation, pour prendre part à la biodiversité de l’expression humaine sur un territoire, dans une histoire commune et une « maison commune », selon l’expression de François. Amen

  Père Gilles,  Curé de la paroisse Sainte Anne